Liquid staking : stETH, rETH et les LST

Comprendre le liquid staking sur Ethereum : stETH, wstETH, rETH, rebasing ou taux de change, file de retrait et risques de décote ou de centralisation.

DeFi · Intermédiaire · 8 min de lecture · Publié le

L’essentiel

Rappel : le staking sur Ethereum

Depuis 2022, Ethereum fonctionne en proof of stake (preuve d'enjeu). Des validateurs bloquent de l'ETH en garantie pour proposer et attester des blocs. En échange, ils reçoivent des récompenses ; s'ils commettent des fautes graves, une partie de leur mise peut être confisquée (slashing).

Selon ethereum.org, activer un validateur en solo demande au minimum 32 ETH, un ordinateur connecté en permanence et des compétences techniques. Beaucoup de détenteurs n'ont ni le montant ni l'envie de gérer un nœud. D'où les solutions de staking « groupé » (pooled staking).

Les retraits de staking sont possibles depuis la mise à jour Shanghai/Capella d'avril 2023. Avant cette date, l'ETH staké ne pouvait tout simplement pas être retiré, un détail qui a joué un rôle important dans l'épisode de juin 2022 décrit plus bas.

Qu'est-ce qu'un LST ?

Un LST (Liquid Staking Token, token de staking liquide) est un token ERC-20 émis par un protocole de staking en échange de votre ETH. Il représente votre part de l'ETH staké par le protocole et des récompenses accumulées, moins les frais du protocole.

Le mot « liquide » signifie que votre position n'est pas bloquée : vous pouvez vendre le LST, le transférer ou le déposer dans une application DeFi, pendant que l'ETH sous-jacent continue d'être staké. D'après ethereum.org, les protocoles de liquid staking représentent environ un tiers de l'ETH staké.

Deux façons de distribuer les récompenses

Ethereum.org distingue deux modèles.

Les tokens à rebasing : l'exemple de stETH

Avec un token à rebasing, c'est votre solde qui augmente. Un stETH reste à peu près égal à un ETH, et le nombre de stETH dans votre wallet grossit au fil des récompenses.

Chez Lido, la documentation explique que les soldes de stETH sont recalculés chaque jour, lors du rapport d'un oracle qui transmet l'état des validateurs. En coulisses, le contrat comptabilise des parts (shares) : vous détenez une fraction de l'ETH total contrôlé par le protocole, et votre solde affiché est recalculé à partir de cette fraction.

Conséquences pratiques :

  • Votre solde change sans aucune transaction de votre part, ce que certains outils ou applications gèrent mal.
  • Un arrondi technique peut laisser 1 à 2 wei (la plus petite unité d'ETH) sur votre adresse quand vous transférez « tout » votre stETH.
  • En cas de pénalités importantes, le solde pourrait théoriquement baisser. La documentation de Lido précise que les rebasings quotidiens n'avaient jamais été négatifs au moment de sa rédaction.

Les tokens à taux de change : rETH et wstETH

Avec un token à taux de change (value-accruing), votre nombre de tokens reste fixe, mais chaque token donne droit à une quantité croissante d'ETH. C'est le cas du rETH de Rocket Pool, cité en exemple par ethereum.org. Un rETH vaut donc un peu plus d'un ETH, et cet écart grandit avec le temps.

Le wstETH (wrapped stETH) applique ce modèle à stETH : c'est un « emballage » qui convertit votre stETH en un token dont le solde ne change pas. Selon Lido, c'est le prix du wstETH exprimé en stETH qui augmente, avec une mise à jour quotidienne. Ce format est souvent préféré dans la DeFi et sur les réseaux de couche 2, justement parce que de nombreux contrats supportent mal les soldes qui varient tout seuls.

ModèleCe qui évolueExemples
RebasingLe nombre de tokensstETH
Taux de changeLa valeur de chaque tokenrETH, wstETH

Comment récupérer son ETH

Il existe deux voies de sortie, avec des conséquences différentes.

Le retrait via le protocole

Vous demandez au protocole de vous rendre de l'ETH contre votre LST. Chez Lido, la demande fonctionne comme une file d'attente « premier arrivé, premier servi » :

  1. Vous déposez votre stETH et recevez un NFT qui représente votre demande.
  2. La demande est « finalisée » lorsque le protocole dispose d'assez d'ETH (issu des dépôts, des récompenses ou de la sortie de validateurs).
  3. Vous réclamez ensuite votre ETH avec ce NFT.

Le délai dépend de la demande globale. En amont, le protocole Ethereum lui-même limite le rythme : ethereum.org indique qu'au maximum 16 retraits sont traités par bloc, et les sorties de validateurs passent par leur propre file. Lors d'une vague de retraits, l'attente peut donc s'allonger. Attention aussi : ce NFT a de la valeur, ne le transférez pas et ne signez rien qui le concerne sur un site douteux.

La vente sur le marché

Vous pouvez aussi vendre votre LST contre de l'ETH sur un DEX ou une plateforme. C'est immédiat, mais le prix dépend de la liquidité disponible. Si beaucoup de vendeurs se présentent en même temps, vous vendrez avec une décote.

Le risque de décote : l'épisode de juin 2022

En juin 2022, bien avant l'ouverture des retraits, le stETH s'est échangé nettement en dessous de l'ETH. Selon CoinDesk, la décote, habituellement de 2 à 3 %, a atteint un record d'environ 8 % mi-juin.

Le contexte : des acteurs en difficulté, dont la plateforme de prêt Celsius et le fonds Three Arrows Capital, détenaient de grandes quantités de stETH et avaient besoin de liquidités. Comme l'ETH staké ne pouvait pas encore être retiré, la seule issue était de vendre sur le marché, ce qui a creusé l'écart.

Ce qu'il faut en retenir :

  • Un LST n'est pas de l'ETH : son prix de marché peut s'écarter de sa valeur de remboursement.
  • Ces écarts sont surtout dangereux si vous avez emprunté en utilisant un LST comme garantie, ou si vous êtes forcé de vendre au mauvais moment.
  • L'ouverture des retraits en 2023 a ajouté une voie d'arbitrage, mais la file d'attente et les conditions de liquidité continuent de compter en période de stress.

Les autres risques à connaître

Ethereum.org classe les risques des LST en plusieurs catégories :

  • Contrats intelligents : un bug ou une faille dans le code du protocole peut entraîner des pertes.
  • Centralisation des opérateurs : si une grande part de l'ETH staké est gérée par un petit nombre d'opérateurs de nœuds ou par un seul protocole, cela crée des risques de censure ou de panne commune pour tout le réseau.
  • Slashing : les fautes des validateurs du protocole réduisent la valeur de l'ensemble du pool.
  • Liquidité : le prix sur le marché secondaire peut passer sous la valeur de l'ETH sous-jacent.
  • Gouvernance : les règles du protocole peuvent changer sans que les détenteurs du token votent.

Les protocoles diffèrent sur la sélection des opérateurs : certains s'appuient sur une liste d'opérateurs choisis par la gouvernance, d'autres permettent à n'importe qui de devenir opérateur en déposant une caution en ETH. Lisez la documentation de chaque protocole pour comprendre qui contrôle les validateurs et les clés de retrait.

Exemple concret

Vous détenez 2 ETH et souhaitez les staker sans faire tourner de nœud.

  1. Comparez le modèle (rebasing ou taux de change), les frais, la procédure de retrait et l'historique du protocole sur sa documentation officielle.
  2. Accédez au site officiel en tapant l'adresse vous-même ou via un favori, jamais via une publicité ou un message privé.
  3. Déposez 2 ETH et recevez environ 2 stETH, ou un peu moins de 2 rETH (puisqu'un rETH vaut plus d'un ETH).
  4. Si vous voulez utiliser votre LST en DeFi, vérifiez si l'application attend du stETH ou du wstETH ; le wrapping est une transaction distincte.
  5. Suivez votre position : avec stETH, votre solde augmente ; avec rETH ou wstETH, c'est la valeur par token qui augmente.
  6. Pour sortir, comparez le prix de marché avec la procédure de retrait. Si la décote est faible, la vente peut être plus simple ; sinon, la file d'attente vous rend l'ETH au taux du protocole, avec un délai.

Les erreurs à éviter

  • Croire qu'un LST vaut toujours exactement un ETH : le marché peut appliquer une décote, surtout en période de crise.
  • Empiler les risques : déposer un LST en garantie pour emprunter de l'ETH, puis restaker, multiplie les points de défaillance. Consultez nos guides sur le prêt et le restaking.
  • Envoyer du stETH à un contrat qui ne gère pas le rebasing : utilisez wstETH quand l'application le demande.
  • Oublier les frais de gas : sur de petits montants, les frais d'entrée, de wrapping et de sortie peuvent absorber une part importante des récompenses.
  • Suivre un faux lien « staking bonus » ou « claim rewards » : les imitations de sites de staking sont courantes.

Checklist avant de staker

  • Ai-je compris si mon token est à rebasing ou à taux de change ?
  • Ai-je lu la procédure et les délais de retrait ?
  • Sais-je qui opère les validateurs et qui peut modifier les contrats ?
  • Suis-je prêt à accepter une décote temporaire si je dois vendre rapidement ?
  • Est-ce que j'utilise le site officiel et un wallet sécurisé ?

Ce guide est une information générale et ne constitue pas un conseil en investissement.

À retenir

  • Un LST représente de l'ETH staké dans un protocole et reste transférable et utilisable, contrairement à un staking bloqué.
  • stETH augmente votre solde chaque jour (rebasing), tandis que rETH et wstETH gardent un solde fixe dont la valeur augmente.
  • Pour sortir, vous pouvez passer par la file de retrait du protocole (délai variable) ou vendre sur le marché (prix variable).
  • Juin 2022 a montré qu'un LST peut s'échanger avec une décote importante lorsque de gros détenteurs doivent vendre.
  • Les principaux risques sont les contrats intelligents, la concentration des opérateurs, le slashing, la liquidité et la gouvernance.

Sources

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